Dans le voisinage, personne ne pouvait alors se douter de ce qui se tramait dans cette maison. Située dans une rue calme en face d’un EHPAD, ce logement abritait une famille nombreuse n’ayant jamais fait parler d’elle.

Les faits relatent une histoire d’adultère, un père de famille exaspéré par sa vie de famille, niant ses responsabilités et trouvant un second souffle dans les bras de sa maîtresse laissant les dettes et là misère à sa femme.

« Ce garçon se souviendra de ce que son père a fait à sa mère, c’est triste » !

Ce garçon… c’est moi.

A plusieurs reprises j’ai été le témoin des violences physiques de mon père sur ma mère. Comme beaucoup de femmes, elle n’a jamais porté plainte, ne voulant pas nous voir dispersé on ne sait où, suite à des jugements d’autorités supérieures ou une séparation précoce qui nous laisserait dans le besoin.

J’étais presque un homme, pas encore majeur mais plus ado non plus. Et je pouvais assister à mon grand désarroi au pouvoir de la dépendance financière d’un mari salarié face à une femme au foyer. D’un homme qui renia ses enfants, oubliant même jusqu’au visage de son dernier lorsqu’il le rencontra par hasard des années plus tard…

Ce n’était pas tous les jours la même scène, heureusement pour nous, même si les cris des disputes jalonnaient souvent la vie de mes parents.

violence-main

J’en fus témoin par 3 fois, mais 3 fois de trop ! La dernière, je reçu même une frappe pour avoir osé intervenir verbalement. Ce fut le coup de trop je suppose car il ne recommença plus ensuite.

Je me trouvais lâche pourtant, car jamais je n’eus le courage de me placer devant ma mère, qui s’est sacrifiée pour nous éduquer, face à cet homme qui voulait se nommer « mari et père ».

Pourtant je me souviens tout de même de bons moments partagés ensemble, des parties de pêches juste entre lui et moi, du camping en famille où ils nous emmenait dans bien des coins ou sites à visiter, ou encore quelques rares fois de ces parties de jeux de société le dimanche après-midi…

Etant papa à mon tour, je peux comprendre la fatigue du train-train quotidien, le manque d’intimité du couple parental face à la gestion de la famille, les soucis, les surprises par forcément sympas, les caractères et les positions différentes entre mari et femme et les tensions avec les enfants qui grandissent. Pourtant la vie nous réserve de jolies choses…

Mais je n’excuse pas ses comportements agressif, égoïste, lâche, lamentable, cette position de l’autruche qu’il affectait tant pour éviter de faire face à ses responsabilités et laissait la merde à ma mère en jouant le « héros » ensuite.

Entre l’être et le paraître il y a un fossé, que dis-je, un ravin ! Entre le mari et le père de famille qu’il affichait devant les autres et la famille proche et son véritable visage au sein de notre maison, j’aurais pu lui donner un oscar du meilleur acteur. Mais d’ailleurs, n’étions nous pas complice de cette mascarade afin de cacher cette situation devant autrui ?

Et pour lui, la honte d’avouer que nous n’étions pas un modèle de famille comme « les autres » ? Le fait de montrer à ses propres parents qu’il n’avait pas réussi autant dans sa carrière que sa vie de couple/famille ? Je pourrais en raconter aussi de belles à ce sujet, une autre fois peut-être.

Au-delà de tout cela, c’est aussi le « père » qui est absent aujourd’hui, le grand-père dont les enfants veulent en savoir plus :

« Sais-tu où est ton père papa ?
« Le verra-t-on un jour ? »
Pourquoi il vous a abandonné, toi, ton frère et ta soeur ?

Autant de questions dont je n’ai pas les réponses ou pas envie de répondre, pourtant je le fais. Je leur dit la vérité, avec des mots qu’ils comprennent. Mon papa n’aimait plus ma maman, il est parti refaire sa vie ailleurs et non je ne veux plus le voir. C’est triste, oui…

Devrais-je le rechercher ? Non, hors de question !
Il n’a aucun droit sur moi, ma famille ou mes enfants.

Le jour où il nous a tourné le dos pour se créer une illusions de vie, abandonnant son passé derrière lui, il a signé lui-même sa disparition de la mienne. Comme une image réminiscente qui est soufflée sous l’action du temps.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ? En fait je n’en sais rien. L’image de cette lettre jetée au feu de la cheminée et ma mère qui fait tout pour la rechercher et la lire m’est revenue en tête. Les coups qui en ont suivit pour cacher cette correspondance, puis les souvenirs se sont accumulés comme des pelletés de saletés entassés dans un coin de mon esprit…

 

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29 comments

  1. Pingback: Ce père de famille frappait sa femme dev...

  2. Sandrine

    moments difficiles et comportements inexcusable. courage et d en parler quand on le désire soulage ce poids…

    • merci pour ton commentaire, ce genre de situation pourrait se régler tout bonnement avec une bonne explication même si cela fait mal, les séparations ne sont pas un cadeau pour les enfants.

      -3
  3. corinne deloumeaux

    Bonjour
    C’est terrible cette histoire familiale et malheureusement bien fréquente…
    Moi je me souviens des coups chez le voisin à travers la cloison hlm et j’avais mal pour mon copain… Aujourd’hui comme vous il est papa et je suis fière de lui
    bonne journée et merci pour cet article aussi douloureux soit il

    • je suis toujours tout retourné lorsque je lis les drames familiaux qui découlent souvent de ce genre de situation. Combien de pères de famille (le plus souvent) vont encore plus loin en autant la vie de toutes leur famille (et se rate ensuite) car leur couple bat fortement de l’aile ? O_o

  4. Melvin

    Hello,

    J’ai eu la chance de ne pas connaître cette horreur, mais dans un divorce compliqué j’ai aussi pris une décision compliquée à expliquer à mes enfants.

    Tu écris :
    « Le jour où il nous a tourné le dos pour se créer une illusions de vie, abandonnant son passé derrière lui, il a signé lui-même sa disparition de la mienne. Comme une image réminiscente qui est soufflée sous l’action du temps. »

    Pas ces phrases tu me soulage d’un poids que je traine depuis la naissance de mon premier car je réalise que ce n’est pas monstrueux de prendre une décision pareille quand on sait que c’est la seule envisageable pour notre bien être, et celui de ceux qu’on aime.

    Merci d’avoir partagé cette souffrance avec nous.

    <3

    • Je suis content si j’ai pu t’aider, ce genre de souvenirs qui viennent nous hanter de temps à autre, ça fout le moral à zéro

  5. vivi

    Kikou je connais ce sentiment pour l’avoir vécu enfant et l’avoir subi adulte.
    Plus on avance vers l’âge on a besoin d’évacuer et il faut le faire pour nos enfants. Même si je sais que c’est pas facile.
    J’en ai payer les conséquences et maintenant ça va beaucoup mieux.
    Du coup ça me donne envie d’écrire un billet pour évacuer aussi
    Bises

    -1
    • oui parfois il faut savoir prendre des décisions. On en parle aussi en couple, et s’il revenait un jour pour quémander de l’argent ou autre, comme il savait si bien le faire ?

  6. Je suis cette fille

    Tu n’es responsable de rien! ta mère non plus! Il est très difficile de se sortir de cette situation car il faut d’abord en prendre conscience! La meilleure chose que ton père ai faite est de partir et de vous laisser vivre ! Faire semblant est leur quotidien …
    Ne te juge pas responsable de ton passé, de ses erreurs. Explique à tes enfants que parfois des personnes ont des problèmes et qu’ils partent, mais rassure les sur le fait que TOI tu ne les abandonnera pas pour ne pas développer chez eux cette peur de l’abandon qu’ils ont tous!
    Attèle toi à devenir le meilleur père possible et le meilleur des maris! Il n’y a pas d’histoire de génétique la dedans ce n’est pas parce que lui était comme ça que toi aussi !! Ne l’oublie pas, cet homme a fait de toi ce que tu es aujourd’hui, l’inverse de lui!

    • Le pire c’est pour les enfants, il n’y a plus qu’un grand-père, c’est lui ! S’il avait géré sa vie différemment ma mère serait toujours là aussi…

  7. Mél Blanc

    Hello,
    Bah voilà t’as réussi à me faire pleurer aujourd’hui !
    J’ai tout lu, tu n’es responsable de rien, ni ta mère.
    Mais je comprends également les questions de tes enfants car je n’ai pas connu mon grand-père paternel, qui pourtant vivait à 15 minutes de chez nous, mais dans le divorce ma mamie lui a interdit de voir ses propres enfants et je crois qu’il n’en avait rien à foutre vu qu’il passait tout son temps au bar … J’admire la force de ma grand-mère de « commencer » sa vie dans les années 50 avec 3 enfants en bas âge (mon père le petit dernier n’ayant que 3 ans au moment du divorce), trouver un travail, élever ses enfants, … mais je lui reproche (je lui reprochais car elle n’est plus là) de nous avoir tous coupé de ce grand-père, de nous avoir donné qu’un seul son de cloche ! Mon père a revu son père une seule fois avant son mariage, mais par hasard dans la rue, il a refait sa vie, a eu un autre garçon. une famille qu’on a « retrouvé » au moment de son décès, mais sans plus !
    Bref, une histoire de famille qui cache bien des secrets qu’ils ont emportés avec eux ! Une tonne de question qui resteront sans réponse …
    Tu as eu du courage de raconter ton histoire !

    • Merci pour ton retour, et oui chaque famille à ses secrets plus ou moins bien gardé

  8. perennes

    ça fait du bien, voilà pourquoi tu en parles. tu es aujourd’hui un père, un mari et surtout un homme. Un vrai pas un lache. j’ai vécu même chose mais je suis une fille, une fille qui s’est interposée, qui a faillit le tuer plusieurs fois. Il était un ange dehors et un démon à l’intérieur de son foyer. Je me suis détruite jusqu’à rencontrer un homme, un vrai, un comme toi, un ange.
    Alors vide ton sac et fais la paix, fais le pour toi, pour tes enfants et ne regrette rien, tu étais petit, tu n’étais pas un homme à cette époque là, ne te pose pas des questions avec la conscience que tu as aujourd’hui et pardonne toi si ce n’est pas encore fait.

    • merci pour cette remontée, je vois que la vie n’a pas été rose pour tout le monde non plus, courage aussi

  9. Themouse

    Terrible histoire!
    En parler fait du bien… Cela permet au travers des échanges de confirmer qu’il était difficile pour les enfants (car quelquesoit l’âge, on reste les enfants de nos parents) que vous étiez, d’intervenir
    C’est déjà hypercourageux d’en parler et pourra certainement aider d’autres dans la même situation!

    • oui de ce que j’ai lu ici et sur les réseaux sociaux, cela fait remuer des souvenirs ailleurs

  10. Le Rire des Anges

    Que c’est difficile de lire tout ça et d’imaginer que des enfants se trouvent dans cette douleur, de voir les deux personnes qu’il aime le plus, dans des situations peu valorisantes… J’espère que tu arrives à panser tes plaies!

    • les parents oublient souvent que les enfants sont proches lors des disputes et n’ont souvent pas conscience de ce que ceux-ci peuvent penser et garder en souvenir

  11. Allychachoo - Famille en chantier

    Quel billet, ç’a n’a pas du être facile de l’écrire ! Je ne peux qu’imaginer à quel point ça doit être difficile de répondre aux questions de tes enfants… <3

    • oui surtout lorsque cela revient souvent car « les autres » ont des grands-parents eux…

  12. Aurélie Rose

    Et oui c est comme çà malheureusement on ne choisis pas .

    Mais on fait en sorte d oublier ou pas je ne sait pas.

  13. Alice J

    <3 je n'ai pas les mots, je sais juste comment on vit ce genre de choses, et encore je crois que chaque personne le vit a sa façon… <3

  14. Veux pas !

    Je n’ai pas vécu cela mais c’est vraiment courageux de l’avoir écrit. Et je suis sûre que le fait de libérer la parole peut aider beaucoup de monde

  15. Walter

    ton témoignage me rappelle un peu le mien. J’en étais aussi le témoin dès mon plus jeune âge et j’ai encore l’image de mon père frappant ma mère avec ma petite sœur dans les bras de ma mère. Ma mère ne pouvait aussi ne rien faire tant que nous n’étions pas majeur. A 3 ans il m’a envoyé dans son pays d’origine pour lui faire comprendre que si elle tentait quelque chose elle nous reverrait plus. Bon maintenant il est décédé quelques années avant la naissance de mon fils. Et je ne l’avait revu qu’une fois en 5-6 ans avant le décès. Malgré tout ce qu’il a pu me faire et le fait qu’il ait quitté la maison en nous laissant. Sûrement que je serais retourné le voir pour lui présenter sont petit fils. Pourquoi ? Je ne sais pas, syndrome de Stockholm ? Histoire de tourné? Peut-être. Tout cela est bizarre, ces sentiments. On doit vivre avec et parfois à certaines colère sur mon fils je me rappelle mon père et ça me fait mal.

    • idem ma mère à divorcé une fois que mon frère est devenu majeur pour être certain que nous ne partirions pas avec lui en cas de divorce, et puis avant elle ne pouvait pas, pas de travail

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